7 juin, 2008

LES BOHEMIENS

Classé dans : HISTOIRE LOCALE — lichtydiedendorf @ 13:00

Les «gens du voyage», vanniers, rémouleurs, rétameurs, colporteurs et mendiants, qui de temps en temps faisaient escale au village, font partie du monde de mon enfance, un univers d’images, d’odeurs et de musiques aujourd’hui disparues.
Entre ces nomades et nous, les sédentaires, s’établissaient souvent des rapports de convivialité. Nous connaissions les noms de ceux qui passaient régulièrement, et lors de leurs collectes de victuailles et de vieilles hardes, les femmes à longues jupes bariolées s’attardaient pour un brin de bavardage.
- «Ca va, Victorine ? disait ma mère, le petit s’est remis de la bronchite ?»
Et Victorine racontait ses tracas. Elevée à Lixheim, chez les bonnes sœurs, qui lui avaient enseigné la couture et la broderie, elle rêvait d’une vie rangée. Mais Hurgargovitch, son homme, ne tenait pas en place, ni surtout sa nombreuse progéniture, qui avait lacéré le papier peint du logis à Berthelming lors d’une vaine tentative de sédentarisation.
- «De vraies bêtes sauvages, soupirait Victorine, ils deviennent fous si on les enferme !»
Ils avaient donc repris leur errance, campant à l’abri des haies sous une tente, à l’entrée de laquelle, quand l’hiver était rude, il fallait entretenir le feu toute la nuit, pour préserver les enfants de l’hypothermie.

Quant à Badiss, le vannier et grand amateur de schnaps, il s’installait sous l’auvent de la vieille tuilerie, où aussitôt se rassemblait autour de lui la marmaille du quartier, avec laquelle il partageait son casse-croûte à l’occasion : une bouchée de pain et de lard pour Elfriede, Charles, Erna et cie, puis Badiss repliait son «Schläntzer» pour aller quémander le digestif chez l’habitant : «Hanner kein Gläsel Schnaps fur min Zahnweh ?» (vous n’auriez pas un petit verre pour ma rage de dents ?)

Il paraît d’ailleurs que la tournure «hanner ebs für mich ?» est à l’origine du surnom «Hanner», que l’on donne en Alsace à une certaine catégorie de vagabonds .Bref, le vannier Badiss, qui a transmis son art à quelques habitants de l’Oberdorf, faisait partie du folklore villageois. Il mentait avec éloquence, en farcissant son discours de «Joseph Maria» et de «heilichi Mutter Gottes, der Biltz soll mich treffe wann ich liej !» (Sainte Mère de Dieu, que la foudre m ‘emporte si je mens !)

Le rétameur Ingold nous était moins familier, puisqu’il ne venait qu’une fois l’an. Il avait sa place attitrée au bout du village, devant l’auberge Finck. Sur son trépied planté au-dessus d’un brasier, le chaudron où bouillonnait un liquide vif-argent, avalait les cuillères et les fourchettes ternies des ménages, pour les restituer dans l’éclat du neuf, un tour de magie qui fascinait les enfants attroupés.

Parmi ces personnages extravagants, j’avais une préférée : Rosel, une petite fille de mon âge, apparaissait par intermittence dans le sillage du vieux «Schnewel» au pied bot et de sa femme Nannel. Ils venaient de Kirrwiller/Hinsingen, et dans leur carriole s’entassait de la vaisselle second choix, qu’ils troquaient contre les peaux de lapins et les sacs de chiffons des ménagères.
Avec ses boucles brillantes et ses grands yeux noirs, Rosel était si jolie que j’avais donné son nom à ma poupée, celle que mon petit frère immola plus tard ,à mon grand désespoir, dans le four du poêle de faïence.
Un jour, comme Rosel avait partagé notre goûter de beignets et de sirop de framboise, ma mère, après son départ, ébouillanta le verre, dans lequel elle avait bu, ce qui me choqua comme un sacrilège.

Pour alimenter ma curiosité, il y avait aussi, outre ces rencontres, les chansons, anecdotes et légendes relatives aux bohémiens. «Schwartzbrauner Zigeuner, du kennst meinen Schmerz, und wenn deine Geige weint, weint auch mein Herz…. » fut une des premières bluettes qu’on m’enseigna, et aux dires de ma mère, je l’ai claironnée un jour, à l’âge de 3-4 ans, en descendant la grand ’rue à Sarrebourg, seule au monde avec mon tzigane, sous l’œil amusé des passants.

Je me rappelle aussi la «Bettelprinzessin», un mélodrame joué dans la salle de l’auberge par les acteurs du cru. Je devais avoir 5-6 ans, et cette première représentation théâtrale m’a laissé un souvenir impérissable. La vedette en était Fuhrmanns Elise, enfant trouvée, recueillie par des bohémiens, et j’entends encore sa jolie voix de soprano : «Ringlein kleines, Ringlein feines, goldner Ring, begleite mich…» Cette bague, unique et mystérieux héritage de la pauvre orpheline, allait révéler sa noble naissance, et supprimer les obstacles entre elle et le jeune Comte, dont elle venait de tomber si éperdument amoureuse.
Le happy-end cependant, qui faisait pleurer l’assistance, ne me satisfaisait qu’à moitié. Et les bohémiens alors ? Au lieu de les laisser reprendre la route, elle n’aurait pas pu les accueillir dans son château, l’ingrate ?
- «Ca me paraît difficile, dit mon père, vu que demain Elise sera de nouveau à la laiterie, le Comte au moulin et le père Novack en train de rédiger un article pour les Dernières Nouvelles !»

Et puis, il y avait les histoires de mon grand ’père. Il évoquait la bohémienne qui , rouée de coups par son homme, rembarre vertement le gadjo prêt à intervenir : «Er kleid mich un weid mich, na derf er mich aa schlaan !» (il me vêt et me fait paître, il a donc aussi le droit de me battre). Et il me parlait longuement de «Heidekarl», vénérable vieillard, qui depuis son point d’attache au «Heideneck» de Wingen, sillonnait le pays dans une charrette à bras, où il s’installait pour dormir. Il est mort en 1910 sous le vieux poirier du verger de mes arrière-grands-parents, et un prêtre l’enterra à gauche de la porte d’entrée de l’ancien cimetière, en présence de ses fils et de l’ensemble de la population. Les jeunes filles ont longtemps fleuri sa tombe, et l’instituteur Brohm lui a consacré une oraison funèbre pleine d’émotion et de poésie, retrouvée dans les archives du village.

A ces réminiscences, «proches et lointaines, claires et perdues», s’ajoute le souvenir de mes petits élèves manouches de Bischtroff, qui ressemblaient aux enfants hindous des rives du Gange. Il y avait Madeleine et Pousti, les belles adolescentes, puis Bibo, le petit maharadja, et la cadette Mouti, qui riait en louchant avec exhubérance, et qui, me dit-on, a fait une carrière de voyante quelque part en Moselle. La grand’ mère de la tribu était surnommée «Essigmutter», à cause de son air souffreteux, que le gendre compensait en faisant chanter son violon des nuits entières dans la masure, lavée à grande eau chaque matin.
La tolérance bon-enfant qui existait alors dans nos villages à l’égard «du prochain», fut-il d’une autre «race», est aujourd’hui en régression sévère, érodée par le «chacun pour soi». Nous vivons à l’age des clôtures-symboles, qui font barrage à l’ancien devoir de solidarité, même en milieu rural.

Les origines des bohémiens

D’où viennent-ils, ces «fils du vent», restés fidèles à l’errance à travers le temps et l’espace ? Comme eux-mêmes ne manient guère la plume, nous ne disposons que de littérature «gadjo» pour tenter d’y glaner des bribes de réponses. Or, d’un auteur à l’autre, les informations varient et parfois se contredisent. Car l’histoire des peuples nomades est confuse et diversifiée, et leur mémoire basée essentiellement sur la tradition orale.

En outre, des tabous font obstacles aux investigations : il est, par exemple difficile, voire impossible de remonter les filières généalogiques des familles au-delà de la troisième génération, car une loi manouche interdit de parler des morts, afin de ne pas troubler leur repos.
Mes glanes de seconde main restent donc tout à fait modestes, puisque fragmentaires et entachés de risque d’erreurs variables mais certains.

Noms et surnoms des « gens du voyage »

Le dialecte francique d’Alsace Bossue englobe ces populations sous l’appellation «Ziginner», toujours en usage, ou «Heiden», c’est à dire « païens » que les jeunes générations, n’emploient plus guère aujourd’hui.
Les termes français correspondants sont «romanichel» (contraction de «rom» et «manouche») ou «bohémien», le bassin de Bohême représentant une des régions d’Europe à forte concentration nomade dès le haut Moyen-Age.
Quant au terme «Egyptien», courant jusqu’au 19e siècle, il est tombé en désuétude. Le record de fréquence d’emploi est détenu par l’appellation «tsigane», puisque ses variantes (Acigan, Cygan, Tchinghiane, Cykan, Zigeuner ,Zingaro, Cigano) sont en usage dans la plupart des pays d’Europe.
Né au 14e siècle en Grèce, où les «Asigani», originaires d’Asie Mineure et adeptes de Simon le Magicien, s’étaient forgé une solide réputation de devins et de fripons, le nom «Atsiganos» fut ultérieurement donné par analogie à d’autres étrangers venus de l’Est, qui pratiquaient eux aussi la maraude et l’art divinatoire.
A ces vocables de sens général, qui désignent l’ensemble des populations tsiganes, s’ajoutent des termes plus spécifiques pour différencier les tribus. Les Tsiganes d’Europe occidentale se subdivisent en effet en trois grands groupes, dont chacun parle un dialecte imprégné de la langue de son «pays d’amarrage».
- Les Sinté ou Manouches, qui parlent le Sinto, se nomment «Walschtiké Manouches» s’ils vivent en France, «Gatchkéné Manouches» en Allemagne, «Praistiké Manouches» en Prusse, «Piémontési » en Italie.
- Les Rom dont le dialecte est le romani sont les Tsiganes de Hongrie et des pays balkaniques.
- Les Kalé, qui parlent le Kalo, ont choisi comme terre d’élection la presqu’île ibérique.

Le berceau de la race

Caractérisés par des traits physiques, des aptitudes et des goûts qui leur sont communs, les Sintés (ou Manouches), les Rom et les Kalé appartiennent d’évidence à la même ethnie, sur l’origine de laquelle, les savants ont longtemps élaboré des théories divergentes. Aujourd’hui, grâce surtout à l’étude des dialectes tsiganes, on s’accorde à situer le berceau de la race en Inde, sur les rives du Gange et de l’Indus, ou dans les provinces méridionales.

Dans le parler Sinto, Romani et Kalo, la linguistique a décelé un apport considérable de mots sanskrits. Langue littéraire de l’Inde ancienne, le sanskrit constitue, avec le grec et le latin, l’une des matrices des langues dites aryennes ou indo-européennes, dont la parenté, voilée par l’évolution, nous apparaît encore par éclairs à travers l’étymologie. Ainsi le mot sanscrit «manusa», signifiant «l’homme», est-il le moule, non seulement du mot tsigane «manouche», mais aussi des vocables allemands «Mann et Mensch». En bref, les Tsiganes sont de purs aryens, que les nazis ont décimés dans leurs camps d’extermination au nom de la pureté de la race aryenne, ironie tragique de l’histoire.

L’exode des Tsiganes vers l’Ouest

Les débuts et les causes de cet exode par vagues successives se perdent dans un passé lointain, dont s’est emparé la légende. En référence à leurs dons particuliers pour la musique et le travail des métaux, l’une de ces légendes, fait descendre les tsiganes de Cain, le fratricide, par le lignage de Jubal, le musicien et de Tubal, le forgeron .C’est pour expier le crime de l’ancêtre biblique qu’ils sillonneraient sans fin les routes du monde, à la recherche du paradis perdu.

Au début du 11e siècle, c’est au poète persan Firdousi que l’on doit le premier document écrit, qui évoque des nomades à caractéristiques tsiganes : affligé par la tristesse de son peuple, le roi de Perse fit venir d’Inde des milliers de «Louris», pauvres joueurs de luth. On leur donna de quoi cultiver la terre, en échange de leur musique propre à dissiper la mélancolie. Mais, allergiques à une vie rangée, les Louris mangèrent le blé et les bœufs, et ils furent chassés. Depuis, ils errent par le monde, vivant de rapines, épris de liberté.

C’est à l’aube du 15e siècle que des documents historiques commencent à signaler l’arrivée en Europe d’étrangers, bizarres, qui se disent «pauvres pélerins d’Egypte», et dont les chefs s’octroient le titre de «comte de la petite Egypte». Comme ils se disent protégés du Pape, en affichant des airs de pécheurs repentis, ils sont accueillis de bonne grâce par l’Occident chrétien. De Transylvanie, où ils apparaissaient en 1416, ils se lancent sur les routes de Suisse, d’Allemagne et de France, scindés en groupes d’éclaireurs. C’est en 1418 que, selon les chroniqueurs, ils se seraient répandus en Alsace, tandis qu’en 1430, «les chroniques de Metz» signalent l’arrivée de «Sarrazins du pays d’Egypte, qui disaient être baptisés …et étaient de laides gens…»

On peut donc considérer comme certain que vers le milieu du 15e siècle une avant-garde du peuple bohémien se soit aventurée jusque dans les recoins de notre arrière -pays.

Les causes de l’exode

On ignore si la «ruée vers l’Ouest» des tsiganes se fit sous la contrainte ou par libre arbitre d’un peuple de parias à la recherche d’espace vital. Dans ses «Notes sur l’arrondissement de Saverne», Camille Schoell propose vers le milieu du 19è siècle à ce sujet une hypothèse qui vient s’ajouter aux multiples théories, et rêveries, inspirées par l’Histoire mystérieuse des «Fils du vent».

« …on trouve dispersés dans les gorges de ce canton (il s’agit du canton de La Petite Pierre), des descendants de ces familles originaires de l’Indostan, d’où les dévastations du mongol Tamerlan les avaient forcées à émigrer vers le commencement du 15e siècle. Ils conservent depuis plus de quatre cents ans un teint basané et olivâtre, de grands yeux noirs d’un brillant extraordinaire, des joues élevées, un menton pointu, des lèvres épaisses, des dents blanches comme la neige, des cheveux noirs, un corps nerveux, en un mot, le type qui caractérise bien leur origine.
Leurs enfants sont d’une vivacité surprenante ; parmi les jeunes filles, on en voit qui à une taille fine et dégagée joignent de très beaux traits, mais chez les femmes qui ont nourri, les mamelles, d’ordinaire volumineuses, s’allongent à un point que la taille paraît déformée.
La vie de ces Bohémiens est presque celle d’un sauvage ; peu embarrassés du soin de leur ménage, sans propreté, sans culture, ils vivent au jour le jour; peu délicats pour leur nourriture, la chair d’une bête morte fait leur plus grand régal ; la pipe et la chique sont pratiquées par les deux sexes ; toujours gais et insouciants, ils passent souvent des jours et des nuits entières à danser au son des instruments dont hommes et femmes jouent alternativement. Ils parcourent les foires et les marchés pour faire de la musique dans les cabarets. Les femmes portant les enfants sur le dos, tirent les horoscopes, disent la bonne aventure et se livrent à la maraude et à la mendicité. Ils font usage entre eux d’un langage inintelligible pour tout autre ; Ils se soumettent aux lois civiles, et quelle que soit leur croyance particulière, ils se soumettent extérieurement aux rites de l’église catholique. Il n’est donc pas étonnant que leur aspect et leurs habitudes leur aient fait donner le nom de païens : Heide».

Imprégné des préjugés de l’époque, ce texte impute donc aux raids d’un chef mongol en Asie la fuite des Tsiganes vers l’Europe.
Tamerlan (1370-1405), qui se déclarait le continuateur de Gengis Khan, fut effectivement un chef de guerre redoutable. Il conquit l’Afghanistan et la Perse, vainquit les Turcs et l’empire de la Horde d’Or, et poussa jusqu’en Inde ses incursions meurtrières.

C’est dire que la mémoire (ou l’Inconscient) du peuple tsigane est imprégné de légendes d’un autre univers, et que c’est aussi par atavisme qu’ils sont restés à part, ne sachant ni ne désirant s’intégrer à la culture occidentale.

Les Tsiganes du Westrich

En se répandant en Europe, les nomades investissent aussi l’ancien Westrich, ce «pays fantôme», qui englobe entre autres l’Alsace Bossue et la Lorraine germanophone. Cette région à faible densité démographique leur offre des refuges à profusion, notamment dans le canton de La Petite Pierre, où les contreforts des Vosges avec leurs vastes forêts et leurs abris sous roche invitent au camping sauvage.
Des siècles plus tard, les descendants de ces campeurs se fixeront dans «le coin des païens»à Wingen. Mentionné dans les cahiers du «Reichsland Elsass-Lothringen» édité vers 1900, le «Heideneck» comprend alors 31 maisons et 198 habitants, quartier de Bohémiens, vanniers et colporteurs. Selon le «Wörterbuch des Elsass» De J.Clauss (1895), le Heideneck fut fondé en 1814 par une famille hongroise, arrivée en ces lieux dans le sillage des armées alliées, liguées contre Napoléon. A ces Hongrois, probablement des Rom, vinrent se joindre quelques familles manouches des environs comme les Winterstein, pour mener à la périphérie du bourg une existence semi-sédentaire, à la manière du «Heidekarl». Le pays de Bitche également servit de terre de refuge aux Tsiganes. Selon les sources citées par P.E. Glath, «les premiers Tsiganes venant d’Allemagne du Sud, sont signalés dans le canton de Bitche en 1505. Ils maraudent dans la région jusqu’à la Révolution. En 1793, obligés de se faire inscrire, les nomades élisent domicile aux village de Baerenthal et de Philippsbourg, où, grâce à la proximité des grands bois et de la frontière, ils espéraient pouvoir maintenir leur genre de vie».

Situé dans les Basses-Vosges, le «Bitscherland» au charme à la fois idyllique et rude, est un pays d’étangs et de châteaux en ruine, repaires des chevaliers brigands du temps jadis. Cette coulisse convient à merveille aux Tsiganes, d’autant plus que ses massifs forestiers s’étendent de part et d’autre de la frontière, une «frontière verte», sans postes de douane, qu’en cas de danger il suffit de traverser, et qui rend facile la contrebande. C’est pourquoi le pays de Bitche fut de tout temps un point de ralliement pour les nomades, dont la sédentarisation semble d’ailleurs s’être limitée à quelques rares cas, considérés par leur peuple avec le mépris dû aux renégats.
Quant aux autochtones, l’insécurité que les rassemblements saisonniers des Bohémiens font régner dans les parages exacerbe leur hostilité.
Du reste, depuis le 17e siècle se sont ajoutés aux Tsiganes des bandes de nomades maraudeurs, que les guerres ont jetés sur les routes ; Ces individus sont issus de la population indigène, et, par opposition aux «Manisch» ou Manouches, on les nomme les «Yénisches» ou «Tsiganes blonds».

Les Yänisch ou Yénisches

IL faut savoir qu’au 17e siècle, nos contrées frontalières furent mises à rude épreuve : Guerre de Trente Ans, guerres de Louis XIV, passages incessants des troupes, qui «mangeaient le pays», villages détruits, disettes, épidémies, exil…C’est à la suite de ce chaos généralisé que la délinquance se développa de façon alarmante dans les territoires du «cercle rhénan», où des bandes de mercenaires au chômage, de déserteurs, de paysans ruinés écumaient les routes à la recherche de butin.
A la morte-saison, quand les intempéries immobilisaient les convois des marchands, les pillards se rabattaient sur de petits métiers, qui leur valurent leurs sobriquets : «Korbmacher» (vannier), «Schereschliffer» (rémouleur), «Kesslflicker» (étameur, chaudronnier), «Spengler» (ferblantier), termes qui ont gardé de nos jours leur conotation péjorative. Les «Yénisches», rebut de la société «gadjo», sont tenus en piètre estime par les Manouches, aux yeux desquels ces filous roublards n’ont ni fierté, ni honneur.
Sur l’étymologie du vocable Yenisch, qui daterait du 18e siècle, de multiples hypothèses s’affrontent, plus ou moins convaincantes : selon H.Arnold, les fiches policières, établies au Palatinat pour le recensement des nomades, portaient dans la rubrique «domicile» la mention «je nicht» qui signifierait «nulle part» (?) et dont dériverait le mot «Yenisch».
Pour l’abbé Freud de Dorlisheim, «Yanisch» viendrait de «Yana», terme hébreu signifiant les «opprimés» dont faisaient partie au 15-16e siècles les mendiants, mercenaires et étudiants vagabonds, ainsi que les juifs, qui auraient attribué le nom «Yana» à cette population d’exclus. A noter que le parler des Yénisches, une sorte de verlan germanique, dit « Rothwelsch», fait de nombreux emprunts au yiddisch et à l’hébreu.
Enfin dans l’Encyclopédie d’Alsace, R.Matzen opte pour le radical tsigane «djan», qui donnerait à l’adjectif «janisch» le sens de «perspicace, astucieux». Quoi qu’il en soit, dans l’esprit des sédentaires, qui ont tendance à les assimiler aux « Manisch », les Yénisches sont de fieffés coquins aux doigts crochus, des parasites retors et belliqueux, réglant entre eux leurs différends à coups de couteau, se délectant de civet de chat, de chien et de hérisson, et picolant comme des Polonais.

Ces clichés ont établi entre nomades et autochtones des barrières quasi-infranchissables, qui font obstacle à l’intégration. Aujourd’hui les Yénisches ont troqué la roulotte contre la caravane implantée à la périphérie des faubourgs. Ils se marient entre cousins et, plus rarement, avec des «gadje» déviants ou des Manouches sédentarisés, vivant au jour le jour de petits boulots, d’allocations familiales et de mendicité.

La bienveillance, avec laquelle les Tsiganes furent accueillis en Europe, est due aux lettres de recommandation qu’ils présentaient. En 1422, en effet, le pape Martin V leur délivra un sauf-conduit, pour informer les autorités de la situation du peuple errant : après s’être convertis à l’Islam sous la domination des Sarrazins, les Tsiganes repentis, qui expiaient par le nomadisme le reniement de leur foi, désiraient rentrer dans le sein de l’église catholique. Il convenait par conséquent d’accueillir les brebis égarées avec charité et compassion.

En outre, les dites brebis exhibaient les lettres signées en 1423 par Sigismond de Luxembourg, roi de Bohême et empereur du Saint-Empire Romain Germanique. C’est grâce à ces puissants protecteurs que les Tsiganes purent s’infiltrer en Occident en toute légalité.

L’Alsace, terre d’Empire, assuma de bonne grâce sa mission de terre d’accueil. En 1442, lorsque le «Duc André de la Petite Egypte» se présenta avec sa troupe aux portes de Colmar, le conseil de la ville se montra hospitalier et délivra un passeport aux étranges visiteurs, attestant qu’ils s’étaient montrés, «frintlich und gütlich», courtois et débonnaires. Munie de cette attestation, la troupe fut reçue de même par la ville d’Obernai en 1451.Comme les Tsiganes avaient la bourse bien garnie, grâce aux libéralités des bons chrétiens, ils payaient leurs consommations, tout en offrant aux bourgeois un spectacle qui sortait de l’ordinaire. A Strasbourg, la ville mit à leur disposition un terrain, où ils furent ravitaillés et abreuvés de bière, tandis que les badauds se faisaient dire la bonne aventure par les pythies enveloppées d’étoffes chamarrées et de relents de suie.

Mais l’état de grâce est éphémère par définition, et bientôt les Tsiganes perdent leur halo de victimes sacrées, pour se transformer en sacrés fripons, aux mœurs pas très catholiques….Bref, à la clémence initiale succèdent la méfiance et l’hostilité, car, de l’avis unanime des bien-pensants, la rédemption des «Heiden» s’est révélée un mythe.
Les gouvernements, eux aussi ont changé de politique : en 1498, la Diète impériale promulgue par ordonnance l’expulsion du pays de Bade de tous les Tsiganes, que l’empereur accuse de collusion avec les Turcs. Dès lors, «les fils du vent» retrouvent leur statut de parias, boucs émissaires que la chrétienté chargera de tous les péchés du monde, pour justifier les représailles qui s’exerceront au fil des siècles sur le «Zigeunergesindel», la racaille tsigane.

Après 1550, des mesures sont prises à Boofzheim et à Strasbourg pour disperser les Tsiganes, ressentis comme un fléau par la population. A la même époque, la Suisse déclare la guerre aux «Heiden». En hors-la-loi déchus de tous les droits, ils sont livrés à la vindicte des foules, auxquelles l’impunité est assurée en cas de massacres de païens. Ce pogrome annoncé provoque l’afflux des Tsiganes vers le Sundgau, une escale qui ne sera pas non plus de tout repos : en 1615 est signalée à Issenheim une bande de «Lumpengesindel», près de 150 vagabonds .Aussitôt ce gibier est débusqué et, sans distinction de sexe, ni autre forme de procès, les captifs seront jetés sur le billot pour avoir la tête tranchée.

Après le rattachement de cette partie de l’Alsace à la France (1648), la répression persiste : la prison d’Ensisheim regorge de détenus tsiganes. Mais les enfants du voyage ont de l’anathème une expérience séculaire, et leur rouerie est gage de survie. Une de leurs parades est le certificat de baptême, catholique ou protestant, peu importe. Il témoigne de leur bonne foi et peut servir de laisser-passer, surtout s’il s’assortit d’un parrainage de quelques notables. En outre il y a, toute proche, la frontière, qui leur permet de changer d’état en attendant que les tumultes s’apaisent. Puis, avec le calme reviennent aussi les Tsiganes.
Pour avoir raison de tant d’obstination, il faut des mesures encore plus draconiennes, à savoir l’ordonnance générale que Louis XIV signe en 1682 : désormais tous les Tsiganes de sexe masculin seront déportés à vie aux galères. Les femmes, tondues et incarcérées dans les hospices avec leurs enfants, seront marquées au fer rouge et bannies du royaume, si ce «stage d’insertion» ne les incite pas à changer de mode de vie.
La situation en Lorraine n’est guère plus favorable : en 1698, le duc Léopold publie une ordonnance de sanctions à l’encontre des «Egyptiens», qui infestent ses états, où ils commettent des désordres considérables, ces sortes de personnes n’ayant autre profession que de voler .

Comment échapper en cette fin de siècle si peu miséricordieuse aux pièges tendus aux Bohémiens ? Ce moyen, pour les hommes valides, c’est l’armée, et nombreux sont les Tsiganes, qui s’engagent alors dans les régiments des seigneurs du Westrich pour se soustraire aux galères du Roy, quittes à déserter après avoir épuisé les joies de la vie militaire.

Ensuite ces déserteurs se constituerons en bandes organisées qui, tout au long du 18è siècle infesteront les pays rhénans, depuis la Suisse jusqu’au Hunsrück. Au sein de ces bandes, où aux familles tsiganes se mêlent des soudards de métier, les bagnards évadés, des coupeurs de bourses ou de gorges, tous accompagnés d’une ribambelle de concubines et d’enfants, s’opèrent sans doute les premières transgressions de la loi manouche du «pur sang». Pour se faire une idée de ce milieu, il faut lire les listes de «Steckbriefe», ou avis de recherche, datant du 18è siècle et conservées aux archives départementales du Bas-Rhin.

Le milieu de la pègre

Les personnages évoqués dans ces listes font penser aux Quasimodos et cie, qui fréquentaient les «cours des miracles», lieux de droit d’asile, au cœur des cité du Moyen-Age, où affluaient mendiants et malfaiteurs.
Digne d’un florilège surréaliste, la prose des «Steckbriefe» fait apparaître un univers d’une excentricité délirante, peuplé de figures patibulaires, dont voici quelques spécimens :
- «Schinder-Hannes» (précurseur de son homonyme légendaire des guerres napoléoniennes), époux de Marianne-la -Rouge, est brigand des grands chemins et rescapé des galères.
- «Mohren-Hannes», dont le père est de race maure, a appris la langue des gitans dite «schmalem Sprach».
- «Hahnen Caspar» doit son surnom aux coqs de plume et de glu, que son père confectionne en hiver pour se reposer des meurtres commis à la belle saison avec une bande de malfrats juifs.
- L’Alsacien «welsch Bendel Andress», ancien soldat des armées du Roy et fabricant d’espadrilles, vagabonde entre Strasbourg et Mannheim avec sa concubine Suzanne.
- Mathes, dit «Wurtzl Krämer», cambrioleur et marchand de racines, livre des «spanische Mücken» aux apothicaires de Strasbourg, qui utilisent ce coléoptère, la cantharide, dans leurs préparations d’aphrodisiaques.
- «Eisenfresser Heinrich», l’avaleur de sabres au pied bot, joue du violon, la ceinture garnie d’une collection de pistolets.
- Hans Adam, dit «Keilbacken» ou «joue en gigot» car défiguré par un abcès, et marqué en outre d’une cicatrice rouge à l’omoplate, a assisté dans les geôles de Francfort à la pendaison de son paternel.
- «Bentzheimer Heinrich», le ventouseur instruit dans l’art des saignées, boite des deux pattes pour avoir reçu des balles dans le gras des mollets.
- «Heiden Hannes» qui porte le titre de «grand bailli» des Tsiganes, ou «colonel» de ses trois concubines, dirige dans l’évêché de Strasbourg une bande de 150 hommes, dont l’un vient de trucider un hussard badois.

Les «Diebs-Menscher» (du singulier «das» Mensch = la femme, terme vaguement péjoratif, toujours en usage dans nos campagnes) portent des surnoms tout aussi pittoresques : «Stottergreth» (Margot la bègue), «Buckelmarie» (Marie la bossue), «Dicke Dorte» (Dorothée tas de graisse), «Bürstenkätt» (Catherine aux brosses), «Marielies Rotauge» (qui souffre d’une conjonctivite chronique), «Yiddel Liessenkett» (au nez juif)..etc Parfois, les «Steckbriefe» relèvent quelques détails : la «Bensheimer Dorothée» est «grande, mais mal foutue», elle a les pieds tors et la bouche «défectueuse !» («mangelhaft am Mund ,kromm an denen Füssen»), tandis que Charlotte, pour avoir mis des cornes à son tsigane «Frischerz», a payé cher cette légèreté : avant de la répudier, son homme lui a coupé le nez.

En résumé, dans l’échantillonnage des avis de recherche exploités, où l’on relève les noms de Dibo, Fenlau, Husetto, Bocko, Kindela, Lodi, a consonance manouche, plus de la moitié concernent des individus désignés comme «Zigeuner».

Devant la prolifération des bandes armées et la psychose anti-racaille qui s’en suit, la lutte contre la délinquance se durcit et se généralise. En 1748 une brochure, éditée par les états de l’espace rhénan méridional, énonce les 23 articles-sanctions d’une véritable croisade, avec obligation de lecture mensuelle dans chaque commune.

Ces mesures prônent le recours plus systématique à la torture, la peine de mort, les fusillades sans sommation, les pendaisons à l’issue de procès sommaires. Afin de renforcer l’effet de dissuasion, des «Zigeunerstöcke» sont dressés devant les postes de douane, poteaux placardés de croquis de potences à la gouverne des illettrés, et portant l’inscription : «Châtiment réservé aux Tsiganes et vagabonds». Des opérations mensuelles de ratissage et de grandes battues sont entreprises sur la base des rapports de différents délateurs à la solde des états. Ces entreprises de police s’avèrent souvent inefficaces car les nomades bénéficient également d’un réseau d’indicateurs et de receleurs qui peuvent les avertir à temps.

Il existe cependant le long du Rhin, quelques seigneuries, dont les autorités, au lieu d’adhérer au pacte de Francfort, ont conclu avec les bandes des pactes de non-agression. Les nomades et les bandits disposent ainsi de zones franches ou terres d’asile où des potentats corruptibles leur assurent l’impunité.

Renchen, capitale tsigane

L’un de ces repaires est dépeint dans un dossier de la série 1B des archives du Bas-Rhin. Ce dossier traite de l’enquête et du procès, consécutifs à un cambriolage commis à Drulingen en novembre 1761. L’accusé, un colporteur suisse, avouera sous la torture, qu’il subit à Harskirchen, le nom et le point d’attache du tsigane, qui l‘entraînera dans la malheureuse aventure, et qui réussit à s’enfuir lors de l’arrestation de son complice.

Membre d’une «Rotte» de cinq personnes, dont le signalement est diffusé dans un «Steckbrief» joint au dossier, le Tsigane est décrit comme suit : «Individu de haute taille et de belle prestance, portant une redingote de fin tissu bleu à boutons dorés, un chapeau noir à nœud et cocarde d’argent, des chausses de lin. Teint et yeux noirs, cheveux noirs noués en coques sur les oreilles, petite moustache noire, se fait passer pour un ex-soldat de l’armée impériale».

Arraché au colporteur, qui a fini par craquer dans le craquement de ses os sur l’échelle d’élongation, le nom du Tsigane est Dominik Danner, et sa «planque» se trouve dans les bois de Renchen, bourgade située sur la rive droite du Rhin, à quelques lieues de Strasbourg. C’est donc au bailliage de la «Reichsherrschaft Oberkirch», dont Renchen fait partie, et dont le suzerain est l’évêque de Strasbourg, que le prince de Nassau-Sarrebruck adressera une demande d’extradition.

Cette démarche reste sans effet, et finalement, en octobre 1762, le prévôt de Harskirchen Louis Alexandre Dern est envoyé en mission dans le fief de l’évêque. A l’issue du «pénible et dangereux voyage», le rapport de Dern décrit la situation dans la «Reichsherrschaft» où les tsiganes sont omniprésents. A Renchen, la pègre tient le haut du pavé, et parmi cette faune le prévôt affirme avoir repéré un individu en tenue d’officier, armé d’un sabre, dont la mise et la coiffure correspondaient au signalement de Danner. Il apprend ensuite à la chancellerie, pourquoi l’extradition n’a pu se faire : le Tsigane est membre d’une bande, qui compte près d’une centaine de malfrats, retranchés dans un bois avoisinant, où les 40 miliciens chargés de l’arrestation ont refusé de pénétrer. D’autres bandes infestent également le «Maywald», le «Herrenwald» et d’autres repaires du finage, si bien que les hors-la-loi, qui font la loi dans le fief, disposent au total de quelques 800 hommes, sans compter les femmes et les enfants.

Comme les fonctionnaires se montrent bavards, Dern s’informe des coutumes de l’étrange république. A l’issue de leurs raids, dont le plus récent rapporta 190 florins à chaque participant, les bandes de Renchen ont pris l’habitude de descendre en ville, d’y commander du vin par tonneaux et d’inviter les bourgeois à se joindre aux libations sur la place du marché. Le conseiller von Geismar laissait faire, vu que le «Kness» ou chef des brigands lui rend de fréquentes visites, pour lui graisser la patte avec générosité.Toutefois, le nouveau bailli, Monsieur de Maillot, se dit scandalisé de la situation et annonce des changements ; mais les bourgeois restent dubitatifs : «Allons donc ! Ce n’est pas encore ce saint-là, qui va tuer la poule aux œufs d’or !». C’est Maillot qui signe l’attestation jointe au rapport de Dern pour certifier que ce dernier a exécuté sa mission. Il s’y engage à arrêter Danner «bei Gelegenheit», c’est à dire, si l’occasion se présente.
Sur quoi, lassé de tergiversations et déterminé à statuer un exemple, le prince de Nassau ordonne l’exécution du colporteur, qui, hébété et les membres rompus, croupit depuis un an dans son cachot à Harskirchen. Jean Bany sera pendu le 29 octobre 1762 au gibet de la «Kritzenchaussee», un mois avant son 20eme anniversaire.

Le statut des Tsiganes après la chute de l’Ancien Régime

Moins d’un demi-siècle après l’exécution capitale du colporteur à Harskirchen, la «Déclaration des droits de l’homme» accorde aux citoyens, fussent-ils nomades, une protection contre les excès de barbarie. Abstraction faite des camps nazis, on ne les décapitera plus pour cause de teint basané, on ne les pendra plus pour avoir volé une miche de pain et un cruchon de schnaps chez Adam Marzloff à Drulingen.

Dans l’âme des errants, les évènements de la Révolution font donc naître un espoir ingénu : «Quand j’ai vu les Français brûler les couvents et les châteaux, j’étais content ; je pensais : ils veulent se faire Bohémiens !», dit Bockes (Bacchus), le Tsigane d’Erckmann-Chatrian, persuadé que «si les chrétiens connaissent cette vie, ils n’en voudraient pas d’autre». Pourtant la barbarie de l’intolérance persiste toujours dans nos esprits, et même dans nos institutions républicaines.

Ainsi la dernière loi raciste en vigueur dans un pays civilisé est française. Il s’agit de la loi du 16 juillet 1912, qui déterminait le statut des nomades en France….Aux «sans domicile fixe», qui ne bénéficieraient pas du titre de forains, elle imposait un régime inhumain. Tous les nomades de plus de 13 ans devaient posséder un carnet anthropométrique analogue à celui des criminels, carnet à faire viser à l’arrivée dans chaque commune où ils passaient…
Cette loi fut abrogée en 1969 et remplacée par un nouveau règlement du nomadisme. Mais en dépit du droit, accordé à tout citoyen, de «vivre à sa manière», mille tracasseries administratives continuent de harceler les «gens du voyage», qui dérangent l’ordre établi. C’est pourquoi ils finissent par céder à la pression de la sédentarisation. Certains parviennent à s’intégrer au monde gadjo, mais pour la majorité d’entre eux, la sédentarisation entraîne l’acculturation, la marginalisation dans les bidonvilles, la délinquance.

Le temps libre des fils du vent s’achève. Et «dans la plaine les baladins s’éloignent au long des jardins», sans retour cette fois-ci. Faute d’avoir su les accepter, nous apprendrons peut-être à les regretter, comme nous regrettons à nos moments perdus les petites épiceries de campagne, les veillées entre voisins, les bleuets et les coquelicots de nos champs de blé, bannis par une chimie sélective, ou encore les hannetons, victimes de mesures anti-parasites, tout comme les «Ziginner».

Bibliographie
- «Les tsiganes manouches» de Marie-Paul Dollé (1980)
- «Les bohémiens au Baerenthal» de Paul E.Glath dans «Bulletin de la société Niederbronnoise d’histoire et d’archéologie » (1957)
- «Notes sur l’arrondissement de Saverne» de C. Schoell (1850)
- «Les Tsiganes d’Alsace» dans «Saisons d’Alsace» n°67

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