7 juin, 2008

FAMILLE STREIFF VON LAUENSTEIN

Classé dans : HISTOIRE LOCALE — lichtydiedendorf @ 13:31

Dans les Vosges du Nord, non loin de l’imposante ruine du Fleckenstein, s’élevait, il y a des siècles, le château de Löwenstein. De ce repaire de chevaliers-brigands, qui avaient coutume de rançonner les riches marchands capturés sur la route du Rhin, il ne reste plus aujourd’hui qu’un modeste éboulis de pierres, perdu dans la foret.
Un de ces brigands, le chevalier Hennel (Johann) Streiff, seigneur de Löwenstein, et son comparse Johann von Albe (de son vrai nom Gentersberg von Bitsch,) sont faits prisonniers en 1386 par les comtes de Lichtenberg, alliés à la ville de Strasbourg.
Dès lors, ces chevaliers -brigands, l’un ou l’autre surnommés le « Lindenschmidt » par le peuple, deviennent des personnages de légende : la réalité se mêle à la fiction dans ce qui est transmis de leur histoire.
A la fin du 15è siècle, le chroniqueur Bernard Hetzog raconte que Hennel Streiff et Johann von Albe furent décapités à Strasbourg, et jusqu’au début de notre siècle, le peuple chantera la triste complainte du Lindenschmidt, vendu à ses adversaires par un traître, puis exécuté avec son fils et son valet : «Es ist noch nit lang als dieses geschah…»Cependant Twinger von Königshoven,contemporain de ces évènements, en donne une version certainement plus fiable : il affirme qu’après démolition du Löwenstein, les deux chevaliers furent relâchés.
Quoi qu’il en soit, les Streiff von Lauenstein prétendent descendre de Hennel Streiff, seigneur de Löwenstein (Levy,«Geschicht der Stadt Saarunion» p.25)
Au fil du temps, en effet, les châteaux-forts avaient perdu toute importance stratégique, et n’offraient plus ni confort, ni revenus, si bien que les chevaliers –brigands se convertirent en fonctionnaires, pour aller occuper dans les villes les postes lucratifs de bourgmestre, Schaffner, Schultheiss ou bailli.
Le père du premier châtelain de Diedendorf semble être Ulrich Streiff, époux d’Anna de Boos, qui, en 1534 est Schultheiss à Bergzabern.
La famille Streiff possède des biens à Deux-Ponts, et, après avoir été nommé bailli du comté de Sarrewerden, Johann Streiff (14.02.1517-07.11.1595) vendra cet héritage, pour entreprendre, vers 1577, la construction du château de Diedendorf. Pourtant, curieusement, il ne sera pas inhumé dans l’église de son fief, qu’il fait construire en 1688 : son nom figure sur la liste, établie par Lévy, des sépultures en l’église Saint-Georges de Sarre-Union.
Philippe Streiff, frère de Johann, est Schaffner du Comté, et possède à Zollingen une propriété appelée « Hofmeistergut », pour laquelle grâce à l’appui du bailli, il fait construire un chemin d’accès, malgré l’opposition de la commune. Une des filles de Philippe épouse le Schultheiss Friederich Burgundisch, bourgeois de Bockenheim, et perpétue ainsi la lignée des Streiff parmi l’actuelle population d’Alsace Bossue.
L’épouse de Johann Streiff est Maria von Eich de Lixheim. De Matthis (« Leiden… », p.26) nous apprenons qu’elle est de confession réformée, prompte à saisir toute occasion pour provoquer et contrarier les luthériens du village.
Les données suivantes (qui demanderaient à être vérifiées) sont fournies en grande partie par une étude de madame Ilse von Münchhausen, une descendante des châtelains de Diedendorf :
Johann Streiff a six fils et une fille, dont :
-Wilhelm Streiff (1553-1622), bailli à Lahr. En 1575, il épouse à Strasbourg Marie von Brumbach, qui lui donne 7 enfants. Il meurt à Harskirchen.
-Philipp Thiebold, prévôt à Herbitzheim. Il achète la moitié de la ferme de Lutterbach près d’Oermingen, en 1613. En 1629 il est destitué par les Lorrains (H. Hiegel, « Le baillage d’Allemagne » p.72). De ses 8 enfants, Marie Elisabeth épouse en 1649 Charles de Boussey, le gouverneur lorrain de Bockenheim, inhumé en mars 1677 en l’église Saint- Georges. D’une autre de ses filles, qui épousera son cousin Otto Eberhardt Streiff, il sera encore question.
-Elisabeth Streiff, épouse Mathias Steuss von Görnitz , le châtelain de Lorenzen.
-Johann Streiff, général au service de France et de Suède. Le roi de Suède lui donne en fief la seigneurie de Calzenau en Livonie, au Sud de Riga, où il prend racine avec sa famille. Heinrich Ernst, l’un de ses fils, officier au service de Suède et époux de Maria Magdalena von Endingen, acquiert les domaines de Plosch et Kokowsky .Ses deux autres fils, Jean Reimbert et Otto Eberhard, seront co-héritiers de Diedendorf.
-Johann Eberhard, bailli du comté de Sarrewerden. Il est le deuxième châtelain de Diedendorf, accusé, comme ses parents, d’hostilité à l’égard des luthériens .A Wolfskirchen, il a monté la population contre le pasteur Sessler, qui se plaint du relâchement des mœurs : même les tout jeunes garçons (die Weidbuben) dansent des nuits entières! Or l’église combat farouchement ce vice, sans doute toléré par le bailli, qui affiche également son impiété en passant outre à l’interdiction de faire travailler ses serfs le dimanche.
Bref, aux yeux du clergé, Johann Eberhard est un personnage peu recommandable, et Matthis qui partage cet avis, ajoute qu’il semble finalement avoir été destitué pour fraude et corruption. Chez Hiegel (op.cité), nous lisons cependant que ce sont les Lorrains qui, en 1629, relèvent de ses fonctions, Johann Eberhard que remplacera le gouverneur Nicolas de Serainchamp.
Quant aux réformés de Diedendorf, forts de la protection du Seigneur, ils ont la réputation d’être «particulièrement empoisonnants» (die Diedendorfer Reformierten galten als besonders giftig !) (Matthis, « Leiden… » p .218
Au décès de Johann Eberhard, c’est un de ses fils qui hérite le domaine de Diedendorf : Philippe Johann est dit bailli à Herbitzheim, Conseiller d’état au Palatinat, délégué aux négociations précédant le traité de Westphalie. C’est probablement à Munster qu’il meurt vers 1647.
Comme son union, contractée en 1619 avec Juliane Magdalena Quadt von Landscron, est restée sans enfants, la succession revient à ses deux neveux Jean Reimbert et Otto Eberhard.

Jean Reimbert (ca 1602-1697) est un personnage très en vue dans le milieu des Huguenots exilés à Berlin, qui l’appellent le «général d’Estreffe» .Officier au service de France et de Suède, il se dit «Seigneur de Frénois, de Beaucour (ou Bacour) et d’Indendorf (Diedendorf), dernier seigneur de Rumershei » ( Eduard Ungerer, «Eine Kirche der Wüste in Lothringen»).A l’époque de la révocation de l’Edit de Nantes, il s’établit à Berlin. Il est nommé général du pays de Brandenbourg, commandant de la place forte de Francfort/Oder. En 1634, il épouse Annemarie von Endingen, en 1642 Judith de Chélandre, en 1673 Susanne de Chevenix, une «réfugiée» originaire de Metz, qui mourra, comme lui, à Berlin en 1728.
De toute évidence, Jean Reimbert n’a jamais élu domicile à Diedendorf. De ses 8 enfants, un fils, officier de cavalerie, s’établit en France et se convertit au catholicisme. Il s’agit probablement du général Frédéric Streiff (1658-1706), époux de Thérèse Guyot, dont le fils Charles fera opposition à l’investiture de sa petite-cousine au château de Diedendorf.
Quant à Otto Eberhard, frère de Jean Reimbert et lieutenant-colonel dans sa Prusse natale, il épouse sa cousine Johanna Eva Streiff, née en 1617 et fille de Philippe Thiebold (voir plus haut…).Il meurt en Livonie, avant que ne lui échoie son héritage en Alsace Bossue, et c’est sa veuve, nommée «la colonelle»(die Obristin), qui entreprend en 1647 le long voyage pour venir s’établir au château de Diedendorf, dans le village détruit et vidé de ses habitants.
Matthis (Bilder…p.244) mentionne cette arrivée de la châtelaine, sur la personne de laquelle il semble toutefois faire erreur. Il s’agit, en effet de Johanna Eva Streiff, et non Maria Magdalena von Endingen, sa belle-sœur, qui n’a qu’une fille et qui décède en 1665 à Riga.
Dans le château, demeuré longtemps inhabité, c’est donc la «Colonelle» qui vient s’installer «avec ses 4-6 enfants, et son personnel comprenant un cocher, un berger, un vacher, un vigneron et un régisseur. En guise de précepteur pour ses enfants, elle engage Friederich Schuster, un compagnon-sellier de Bockenheim.»
En mai 1647, un premier culte est célébré à l’église, qui n’a donc pas été totalement détruite au cours de la Guerre de Trente Ans.
Le 22 janvier 1664, Juliane Streiff (ca 1645-1702), une des filles de la Colonelle, épouse le chevalier Johann Friederich Quadt von Landscron. Les noces ont lieu au château. Juliane, qui meurt à Diedendorf est probablement enterrée dans l’église du village.
C’est le frère de Juliane, Otto Eberhardt II (ca 1646-1722), seigneur de Diedendorf et Niederviller, officier de cavalerie du régiment Royal Allemand au service de France, qui prend la succession au château. En 1682 il épouse Catherine Steyss von Görnitz, qui meurt en août de la même année, «in Kindnöten», en couches, à l’âge de 38 ans et 4 mois, et qui est inhumée dans le cœur de l’église. (registre paroissial de Wolfskirchen).
Après la Guerre de Trente Ans, les guerres de Louis XIV, dont les mercenaires ravagent périodiquement le comté de Sarrewerden, continuent à éprouver nos villages. En 1674, pendant la guerre de Hollande, le pasteur Holler de Wolfskirchen vient chercher refuge au château de Diedendorf, avec une foule d’habitants des villages voisins, qui fuient devant les troupes de Condé .On estime le château à l’abri des représailles, puisque ses seigneurs sont officiers au service de France. Cependant, à peine Holler s’y est-il installé, qu’une troupe de mercenaires irlandais vient mettre le château à sac. Peu après, la racaille qui suit les armées, et que les gens surnomment «die Schnapphähne» (savoureux dérivé de «chenapans»), pénètre de nuit dans l’enceinte, et pille le peu qui reste. (Leiden…p.172-184).Holler, qui décrit lui-même ses épreuves, fustige en outre l’ingratitude de ses paroissiens de Diedendorf : pendant le rude hiver de 1674-75, qu’il passe parmi eux, ils refusent de lui fournir le bois («obwohl sie doch fast mitten in den Hecken stecken»), arguant que c’est la guerre et que le pasteur n’a qu’à se débrouiller comme tout le monde.
En 1680, une nouvelle fois persécuté, cette fois-ci par la Contre-Réforme, il revient chercher asile au château pour 5 mois.
Après le traité de Ryswick (1697), le comté de Sarrewerden est rendu aux Nassau, ainsi qu’à la liberté de culte, et la paix enfin s’installe.
Les réformés, qui disposent d’une salle du château pour le service religieux, demandent au Comte l’autorisation d’engager un pasteur de leur confession. Otto Eberhard Streiff von Lauenstein obtient que ce pasteur, Samuel de Perroudet, natif de l’actuel département de l’Ain, prenne résidence à Diedendorf .Il sera hébergé au château en attendant la construction d’un presbytère. Dès lors ,notre village deviendra la capitale de la diaspora réformée du comté de Sarrewerden et de la proche Lorraine.
Perroudet, qui a fait ses études en Suisse, est bilingue. IL s’adapte en souplesse à la mentalité provinciale et à la susceptibilité des autorités. Soutenu par le châtelain, il engage dès son arrivée en 1698, des démarches pour la reconstruction de l’église. Grâce à ses relations, des collectes arrivent de Strasbourg, de Suisse, de Hollande, lui-même y ajoutant un don personnel de 300 florins. Le reste est financé par Otto Eberhard Streiff, et Perroudet inclut dans sa prière «cet illustre personnage qui demeure parmi nous et nous secourt fidèlement». La nouvelle église est inaugurée en l’an 1700.
En 1722 Otto Eberhard y trouve sa dernière demeure. Sa pierre tombale est scellée dans le mur, à droite de l’entrée. Le château revient à sa nièce Charlotte de Landscron (1684-1762), qui a épousé en 1720 le Freiherr Ernst Friedemann von Münchhausen, Oberhofmeister à la cour de Weimar.
C’est alors que Charles Streiff de «Leuenstein», le petit-cousin de Charlotte; réclamera sa part d’héritage. Né en 1695 de Frédéric de Stref, et de Thérèse Guyot, Charles mourra sans postérité le 28 décembre 1754 à Lunéville, après avoir renoncé à sa part d’héritage.
En 1730, Charlotte de Landscron, qui probablement s’intéresse davantage à la cour de Weimar qu’au château de Diedendorf, vend le domaine de ses ancêtres au bailli August Wilhelm von Luder.
Il est de confession luthérienne, mais il n’est dit nulle part que les réformés de Diedendorf (dont je suis) se soient montrés dès lors moins empoisonnants…

Bibliographie :
-G.Matthis :«die Leiden der Evangelischen in der Grafschaft Nassau-Saarwerden“
„Bilder aus der Kirchen-und Dorfergeschichte der Grafschaft Nassau-Saarwerden“
-J.Levy: „Geschichte der Stadt Saarunion“
-Siebmacher: “Wappenbuch, der Adel in Deutsh-Lothringen“ Errinerungsblätter aus Courcelles-Chaussy (verlag Heitz, Strasbourg)
-D.Fischer: „Der Lutterbacher Hof“
-Frau W.Schuh, Saarbrücken : „Beitrag zur Familieforschung, die Streiff von Lauenstein“
-Frau Ilse von Münchhausen :“Die familie Streiff von Lauenstein“(publié par G.HEIN dans „Bockenheim“)
-Aimables communications de M.Albert Girardin.

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